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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/65

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LA MORT À VENISE

C’est vrai, pensa Aschenbach, et il se détendit. « C’est vrai, tu conduis bien. Même si tu en veux à mon porte-monnaie, et si d’un coup de rame par derrière tu m’envoies dans l’Hadès, j’accorderai que tu m’as bien conduit ».

Mais rien de semblable ne se produisit. Bientôt même Aschenbach vit son gondolier ramer de compagnie avec des musiciens ambulants, une bohème d’hommes et de femmes qui chantaient en jouant de la mandoline et de la guitare, et tenant avec insistance leur gondole côte à côte avec celle d’Aschenbach emplissaient le silence marin des notes de leur exotisme à vendre. Aschenbach jeta de la monnaie dans le chapeau qu’ils lui tendaient. Ils cessèrent leurs chants et s’en allèrent. Alors on recommença d’entendre le grommellement du gondolier qui continuait son monologue incohérent et saccadé.

La gondole, bercée au remous d’un petit vapeur qui partait, vint donc atterrir au petit port. Deux sergents de ville