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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/70

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LA MORT À VENISE

société ; elle ne ressemblait heureusement point à celle de l’hôtel qu’il venait de quitter.

Un horizon s’ouvrait, ample, accueillant mille choses. On entendait parler à mi-voix les principales langues de la terre. L’habit de soirée, uniforme consacré par les mœurs, adopté dans le monde entier, contenait du dehors les divergences de l’humanité, ramenait celle-ci à un type admis. On voyait des Américains aux figures sèches et allongées, des Russes entourés de leur nombreuse famille, des Anglaises, de petits Allemands avec des gouvernantes françaises. Les Slaves semblaient être en majorité. Tout près d’Aschenbach on parlait polonais.

Les Polonais, des jeunes gens au sortir de l’enfance, étaient assis sous la surveillance d’une gouvernante autour d’une table de rotin. Le groupe se composait de trois jeunes filles de quinze à dix-sept ans et d’un adolescent aux cheveux longs qui pouvait avoir quatorze ans.