Celui-ci était d’une si parfaite beauté qu’Aschenbach en fut confondu. La pâleur, la grâce sévère de son visage encadré de boucles blondes comme le miel, son nez droit, une bouche aimable, une gravité expressive et quasi divine, tout cela faisait songer à la statuaire grecque de la grande époque, et malgré leur classicité les traits avaient un charme si personnel, si unique, qu’Aschenbach ne se souvenait d’avoir vu ni dans la nature, ni dans les musées une si parfaite réussite. Autre chose encore le frappait : c’était un contraste évidemment voulu entre les principes selon lesquels on élevait, habillait, et tenait d’une part ce garçon, de l’autre ses sœurs. La toilette des filles, dont l’aînée paraissait déjà femme, était d’un prude, d’un raide allant jusqu’à la laideur. Demi-longues, couleur d’ardoise, de coupe volontairement sobre et peu seyante, égayées uniquement par un col blanc rabattu, leurs robes, qui faisaient songer à des costumes de nonnes, empêtraient le corps,
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LA MORT À VENISE