lui ôtaient toute grâce. Les cheveux, tirés en arrière et collés à la tête, donnaient à leurs visages l’air vide et insignifiant des figures de religieuses. On sentait à travers tous ces détails la main de la mère, d’une éducatrice à l’esprit de laquelle il ne venait d’ailleurs point de traiter son fils avec la même sévérité que ses filles. De toute évidence on rendait à celui-ci la vie facile, on l’entourait tendrement. Les ciseaux n’avaient jamais touché sa splendide chevelure dont les boucles, comme celles du tireur d’épine, coulaient sur le front, les oreilles et plus bas encore sur la nuque. Un costume marin dont les manches bouffantes allaient en se rétrécissant et serraient au poignet la délicate articulation de ses mains, enfantines encore, mais fines, mettait dans la gracile silhouette, avec ses passementeries, ses rubans, ses jours, une note de luxe, de raffinement. Assis dans un fauteuil de rotin il se présentait de trois quarts, une jambe allongée, avançant sa fine chaussure vernie, un
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LA MORT À VENISE