les jeunes Polonais assis autour de la petite table du salon ne bougeaient toujours pas, et Aschenbach, bien calé dans son fauteuil et couvant du regard le bel adolescent, attendait avec eux.
La gouvernante, une petite personne rougeaude, corpulente et bourgeoise, donna enfin le signal de se lever. Les sourcils froncés, elle recula sa chaise pour saluer la dame qui entrait, grande, vêtue de gris clair et chargée de perles. Son attitude était toute de froideur et de réserve. Sa chevelure légèrement poudrée, la façon de sa robe décelaient le rigorisme de ces cercles mondains où la distinction ne va pas sans quelque piétisme. On eût pu la prendre pour la femme d’un haut fonctionnaire allemand. La note de luxe et de fantaisie en elle tenait uniquement à sa parure d’un prix inestimable, composée de pendants d’oreille et d’un grand collier à trois rangs de grosses perles qui brillaient d’un éclat laiteux.
Les enfants s’étaient levés. Ils s’incli-