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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/77

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LA MORT À VENISE

il resta quelque temps dans le parc, allant et venant, s’asseyant ici, là, fumant, humant les parfums du soir. Et il alla se coucher de bonne heure, puis dormit d’un sommeil ininterrompu, profond, mais peuplé de rêves et de visions.

Le lendemain, le temps ne s’annonçait pas meilleur. Le vent soufflait de terre. Sous un ciel blême, couvert, entre ses rives étroites et sans couleur, la mer reposait, morne, recroquevillée et retirée si avant qu’elle laissait à découvert une longue succession de bancs de sable. En ouvrant sa fenêtre Aschenbach crut respirer l’odeur fétide des lagunes.

Un trouble l’envahit. Dès ce moment, il pensa à partir. Une fois déjà, des années auparavant, il s’était vu affligé ici même d’un temps pareil, après de radieuses semaines printanières, et s’en était si mal trouvé qu’il avait dû quitter Venise précipitamment. Ne recommençait-il pas, comme alors, à sentir un malaise fiévreux, une pression dans les tempes, une pesanteur des paupières ? Un