Aller au contenu

Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/78

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
LA MORT À VENISE

nouveau déplacement serait désagréable ; mais si le vent ne tournait pas, il lui serait impossible de rester ici. Pour plus de sûreté, il ne défit pas complètement ses malles. À neuf heures, il alla au salon de thé réservé pour le petit déjeuner entre le hall et la salle à manger.

Dans cette pièce régnait le silence religieux qui est une des marques distinctives des grands hôtels. Les garçons faisaient leur service à pas feutrés. C’est à peine si l’on entendait le bruit d’une tasse ou d’une théière, ou un mot chuchoté. Dans un angle en diagonale de la porte et à deux tables de la sienne, Aschenbach remarqua les jeunes Polonaises avec leur gouvernante. Très droites, leur chevelure cendrée fraîchement lissée, les yeux rougis, en costumes de toile bleue empesée, avec petites manchettes et petits cols blancs rabattus, elles étaient assises et se passaient l’une à l’autre un verre de confiture. Elles avaient presque fini de déjeuner. Le