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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/79

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LA MORT À VENISE

garçon manquait. Leur frère demeurait absent.

Aschenbach sourit : Allons, petit Phéacien, pensa-t-il. Tu sembles avoir un avantage sur tes sœurs et jouir du privilège de faire la grasse matinée.

Et subitement amusé, il se récita :

« Parures souvent changées, bains tièdes et repos… » Il déjeuna sans hâte, reçut du portier, qui entra dans le salon, casquette galonnée à la main, son courrier qu’on avait fait suivre, et décacheta quelques lettres en fumant une cigarette. Tout cela fit qu’il assista encore à l’arrivée du retardataire attendu à l’autre table.

Celui-ci entra par la porte vitrée et, traversant en biais la salle silencieuse, s’approcha de la table de ses sœurs. Sa démarche, le maintien du buste, le mouvement des genoux, la manière de poser le pied chaussé de blanc, toute son allure était d’une grâce extraordinaire, très légère, à la fois délicate et fière, et plus belle encore par la timidité enfantine