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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/81

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LA MORT À VENISE

Bien, bien ! approuva Aschenbach avec cette froideur de techniciens que les artistes affectent parfois pour exprimer leur ravissement, leurs transports en présence d’un chef-d’œuvre. Et poursuivant sa pensée, il ajouta : En vérité, n’étaient la mer et la grève qui m’attendent, je resterais ici, tant que tu resteras ! Mais puisque cela ne pouvait pas être, il traversa parmi les prévenances du personnel le hall, descendit la grande terrasse et alla tout droit par la passerelle de planches à la plage réservée de l’hôtel. Il se fit ouvrir par le vieil homme qui vaquait là-bas pieds nus, en culotte de toile, blouse de matelot et chapeau de paille, à ses fonctions de maître-baigneur, la cabine qu’il avait louée, fit porter la table et un fauteuil sur les planches de la plate-forme sablée, et s’installa confortablement dans la chaise-longue qu’il avait tirée plus près de la mer, dans le sable blond.

Le spectacle de la plage, de cette jouissance insouciante et sensuelle que