le civilisé trouve au bord de l’infini, l’intéressait et l’amusait autant que jamais. Déjà la mer grise et plate était animée d’enfants barbotant dans l’eau, de nageurs, de silhouettes variées qui, la tête appuyée sur les bras croisés, reposaient sur les bancs de sable. D’autres ramaient dans de petits canots plats, peints de rouge et de bleu et chaviraient en riant. Devant la longue rangée des cabines, dont les plates-formes étaient comme autant de petites vérandas, ce n’était que mouvement, jeux, nonchalance des corps allongés, visites et causeries, élégance méticuleuse, nus hardis et profitant avec délices des privilèges de la plage. En avant, sur le sable humide et ferme, on se promenait en blancs peignoirs ou en amples blouses aux couleurs voyantes. À droite, une forteresse compliquée construite par des enfants était hérissée de petits pavillons aux couleurs de tous les pays. Des marchands de coquillages, de gâteaux et de fruits s’agenouillaient pour étaler leur mar-
Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/82
Apparence
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
LA MORT À VENISE