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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/83

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LA MORT À VENISE

chandise. À gauche, devant une des cabines rangées perpendiculairement aux autres et à la mer, fermant ainsi la plage de ce côté, campait une famille russe : hommes barbus à fortes dents, femmes délicates et indolentes, une fraülein des provinces baltes, assise devant un chevalet et peignant une marine avec des exclamations de désespoir ; deux enfants d’une laideur sympathique ; une vieille servante en madras, sorte d’esclave aux allures tendrement obséquieuses. Ils vivaient là dans une parfaite béatitude, appelant inlassablement par leurs noms les enfants indociles et courant comme des fous, plaisantaient longuement, par l’entremise de quelques mots d’italien, avec le vieux pince-sans-rire qui leur vendait des sucreries, échangeaient des baisers, se complaisant sans le moindre respect humain dans leur communion instinctive.

Je resterai donc, pensa Aschenbach. Où se trouverait-il mieux ? Et les mains croisées sur ses genoux, il laissa ses yeux