allait lentement mais avec une démarche légère et fière, comme s’il était très accoutumé à aller et venir sans chaussures, et il se retourna vers les cabines situées en travers de la plage. Mais à peine eut-il aperçu la famille russe, qui se livrait là dans une douce quiétude à ses occupations habituelles, qu’un nuage de colère et de mépris passa sur son visage. Son front s’assombrit, une moue exaspérée contracta ses lèvres et plissa l’une de ses joues, et ses sourcils se froncèrent avec tant de violence que les yeux parurent s’enfoncer sous l’arcade et devenus sombres, méchants, lancer de leur retraite des éclairs de haine. Il baissa le regard, tourna encore une fois la tête avec une expression de menace, haussa ensuite les épaules d’un brusque mouvement de mépris et s’éloigna de l’ennemi.
Par une sorte de délicatesse ou de saisissement tenant du respect et de la pudeur, Aschenbach se détourna, comme s’il n’avait rien vu ; car l’homme réfléchi que le hasard rend témoin de la passion