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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/87

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LA MORT À VENISE

mélodieuses, comme « Adgio » ou plus souvent « Adgiou », avec un ou prolongé à la fin. Le son lui plut ; il en trouvait l’euphonie répondant à son objet, le répéta en lui-même et, satisfait, s’occupa de ses lettres et papiers.

Son petit buvard de voyage sur les genoux, il prit son stylographe et continua son courrier. Mais au bout d’un quart d’heure déjà, il trouva que c’était dommage de quitter ainsi en esprit, et de négliger pour une occupation banale la situation la plus digne d’être pleinement goûtée. Il rejeta plume et papier et revint à la mer ; et bientôt attiré par les voix juvéniles des constructeurs de forts, il tourna nonchalamment vers la droite sa tête appuyée au dossier de la chaise pour s’occuper des faits et gestes du délicieux Adgio.

Du premier coup d’œil, il le découvrit ; le liseré rouge sur sa poitrine le signalait de loin. Occupé avec d’autres enfants à placer une vieille planche en guise de pont sur le fossé humide de la forteresse