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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/88

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LA MORT À VENISE

de sable, il donnait par des paroles et des signes de tête ses instructions pour cet ouvrage. Il avait là avec lui environ dix compagnons, garçons et filles, les uns de son âge, quelques-uns plus jeunes, qui parlaient toutes les langues pêle-mêle, polonais, français, et aussi les idiomes balkaniques. Mais c’était son nom qui s’entendait le plus souvent. Manifestement il était recherché de tous, entouré d’hommages et d’admiration. Un de ces jeunes gens, notamment, Polonais comme lui, qu’on appelait d’un nom comme « Jaschou », un garçon trapu aux cheveux noirs pommadés, et en norfolk de toile, semblait être son premier vassal et ami. Quand leurs travaux de constructions furent terminés pour ce jour-là, ils allèrent tous deux le long de la grève, se tenant enlacés, et celui qu’on appelait « Jaschou » embrassa son beau camarade.

Aschenbach fut tenté de le menacer du doigt : « Quant à toi, Critobulos, pensa-t-il en souriant, pars en voyage pour un