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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/89

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LA MORT À VENISE

an : il te faudra pour le moins ce temps pour ta guérison. » Puis il déjeuna de grosses fraises bien mûres qu’il se procura chez un marchand. La chaleur était devenue très forte, bien que le soleil ne parvînt pas à percer la couche de brume qui couvrait le ciel. Une paresse enchaînait l’esprit d’Aschenbach, pendant que ses sens goûtaient la formidable et étourdissante société du calme marin. Cet homme grave et pensif se mit à rechercher, à essayer de deviner quel nom pouvait bien sonner à peu près comme « Adgio » et ce problème lui semblait digne d’occuper toute sa pensée. En effet, à l’aide de quelques réminiscences polonaises, il arriva à conclure qu’il devait s’agir de « Tadzio », abréviation de « Tadeus », prolongé en exclamation « Tadziou ».

Tadzio se baignait. Aschenbach, qui l’avait perdu de vue, découvrit bien loin dans la mer sa tête et son bras qu’il levait pour ramer ; la mer, en effet, devait être plate à une grande distance. Cepen-