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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/9

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LA MORT À VENISE

cessé d’osciller entre ces deux directions contraires ; dans la mesure où l’artiste chez lui l’emportait sur le bourgeois, et où il sentait menacés à la fois l’ordre de son milieu et l’ordre de son esprit, dans la même mesure il tâchait à couper son élan, il se rejetait vers un monde arrêté dans la norme ; effrayé de souffrir et de détruire pour créer, il aspirait à conserver, à partager la joie paisible de ceux qui conservent « … étant poètes, nous ne pouvons être ni sages, ni dignes — il nous faut nécessairement errer, nécessairement être dissolus ; la maîtrise de notre style est mensonge et duperie… l’éducation par l’art, une entreprise risquée qu’il faut interdire ; car à quelle éducation serait-il propre celui que sa nature, incorrigiblement, incline vers l’abîme ? »

On assiste en cet écrivain à un dialogue où une sorte d’Henri Massis répondrait à un autre Gide, et voudrait le reprendre. Mais ne nous y laissons point tromper : la secrète préférence de Thomas Mann va néanmoins à l’artiste ; c’est celui-ci qui