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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/91

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LA MORT À VENISE

Un peu plus tard, Tadzio, allongé sur le sable, enveloppé dans son drap blanc qui passait sous son épaule droite, et la tête mollement couchée sur son bras nu, se reposait de son bain, et Aschenbach, même sans fixer les yeux sur lui, n’oubliait guère tout en lisant quelques pages de son livre que le jeune garçon était étendu là et qu’un léger mouvement de la tête vers la droite suffirait pour lui donner l’admirable spectacle. Il lui semblait pour ainsi dire qu’il était là pour protéger le repos de l’enfant, que tout en s’occupant de ses propres affaires il devait garder avec une infatigable vigilance l’idéal de belle humanité qui se trouvait sur sa droite, non loin de lui. Et son cœur était rempli et agité d’une tendresse paternelle, de l’inclination émue de celui dont le génie se dévoue à créer la beauté envers celui qui la possède.

Après midi, il quitta la plage, rentra à l’hôtel et prit l’ascenseur pour monter dans sa chambre. Il y resta un bon moment devant le miroir, à considérer ses