sés. La beauté engendre la pudeur, pensa Aschenbach, et il creusa cette idée, cherchant le pourquoi. Il avait cependant remarqué que les incisives de Tadzio n’étaient pas irréprochables, légèrement dentelées, elles manquaient de l’émail des santés robustes et présentaient cette caractéristique transparence fragile qui accompagne parfois la chlorose. Il est très délicat, il est maladif, pensa Aschenbach. Il est vraisemblable qu’il ne deviendra pas vieux. Cette pensée était accompagnée d’un certain sentiment de satisfaction ou d’apaisement dont il renonça à chercher l’explication.
Il passa deux heures dans sa chambre et se rendit l’après-midi à Venise par le vaporetto qui faisait la traversée de la lagune fétide. Il débarqua à Saint-Marc, prit le thé sur la place et entreprit ensuite, selon le programme qu’il s’était tracé pour son séjour dans cette ville, un tour à travers les rues. Ce fut pourtant cette promenade qui amena un revirement complet de son humeur et de