Page:Tinayre - Gérard et Delphine - La Porte rouge.pdf/290

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amour, l’image de Delphine perdue, lui appartiendraient toujours, au plus secret de son âme, et jusqu’à son dernier souffle, mais il avait cessé de leur appartenir.


Dans la Galerie, M. de Gouvernet et l’officier parisien examinaient une glace brisée, et les déchirures d’un fauteuil. Gérard attendit la fin de leur colloque. Il revoyait l’aspect inoubliable de cette Galerie, pendant la soirée du 5 octobre : les hommes en habit de Cour ; les femmes assises sur les tables de marqueterie, recrues de fatigue et de frayeur. Il revoyait le fantôme du jardin nocturne, dans le cintre des fenêtres noires. Maintenant, la Galerie était déserte et souillée, mais le plafond aux ardentes couleurs montrait encore le grand roi triomphant parmi les dieux ; les statues étaient dans leurs niches ; les vases sur les piédestaux ; les dix-sept panneaux de miroirs reflétaient les dix-sept fenêtres, qui encadraient le noble paysage de charmilles et de bassins, et la paix triste et dorée d’un beau soir d’automne. Le soleil descendait sur le grand canal, et ses derniers rayons enflammaient la terrasse. Des gloires de nuages, comme le xviie siècle en dressait sur les autels, resplendissaient au miroir des eaux. Les nymphes des rivières s’appuyaient à leurs urnes ; les chasseresses tendaient leurs arcs ; les Termes, prisonniers de leurs gaines, interrogeaient les Saisons. Latone dans son île, Encelade foudroyé, Neptune entouré des Néréides, et l’Apollon solaire, qui