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le bonheur conjugal

raire, usitée même chez des gens pourvus de radiateurs et privés de cheminées.) Donc, au coin de ce feu archaïque et gaspilleur de calories, mais propice aux confidences, ma jeune amie se plaignait.

Charlotte est ce qu’on appelait au siècle dernier « une honnête femme ». Entendez qu’elle n’a pas d’amant. Elle n’en a pas pour diverses raisons : parce qu’elle garde quelques « principes » hérités d’une austère lignée de provinciales ; parce qu’elle ne connaît que des hommes trop occupés, trop surmenés, pour jouer les tentateurs ; parce qu’elle est irrésolue ; parce que son heure n’a pas sonné ; parce que… j’allais écrire, en pensant au mari :

« Parce qu’il n’y a pas de justice. »

S’il y avait une justice, cet homme-là serait ce qu’il mérite d’être. Et il ne l’est pas.

Ce mari, quand il était fiancé, disait à sa future femme, qu’il était sûr de la rendre heureuse, parce que leur mariage différait beaucoup des mariages « modernes » où chacun va de son côté sans s’inquiéter du conjoint.

« Nous serons très unis, déclarait-il. Et d’abord, promettons-nous de ne jamais prendre un plaisir l’un sans l’autre. »