Page:Tite Live - Histoire romaine (volume 1), traduction Nisard, 1864.djvu/71

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


tout te convie à l’être. Si ton cœur est froid en présence de ces hautes destinées, pourquoi tromper Rome plus longtemps ? Pourquoi souffrir qu’on te regarde comme le fils d’un roi ? Va à Tarquinies ou à Corinthe ; rentre dans l’état obscur d’où tu es sorti, digne frère d’Arruns, fils indigne de Tarquin." Ces reproches, et d’autres encore, enflamment le jeune homme. Elle-même ne pouvait se contenir à l’idée de Tanaquil, de cette étrangère qui réussit deux fois, par le seul ascendant de son courage, à faire deux rois, de son mari et de son gendre ; tandis qu’elle, Tullia, issue du sang royal, serait impuissante à donner la couronne aussi bien qu’à l’ôter.

Dominé bientôt lui-même par l’ambition effrénée de sa femme, Tarquin commence à s’insinuer auprès des sénateurs, ceux de la dernière création surtout ; il les flatte, il leur rappelle les bienfaits de son père, et en réclame le prix. Ses libéralités lui gagnent les jeunes gens ; ses magnifiques promesses, ses accusations contre Servius grossissent de toutes parts le nombre de ses partisans. Enfin, quand il juge le moment favorable pour exécuter son projet, il se fait suivre d’une troupe de gens armés, et s’élance tout à coup dans le Forum. Au milieu de la terreur universelle, il monte sur le siège du roi, en face du sénat, et fait sommer ensuite, par un héraut, tous les sénateurs de se rendre auprès du roi Tarquin. Ils accourent aussitôt ; les uns comme étant dès longtemps préparés à ce coup de main ; les autres, de peur qu’on ne leur fasse un crime de leur absence, étonnés d’ailleurs de cet étrange événement, et persuadés que c’en est déjà fait de Servius.

Tarquin commence par attaquer avec amertume la basse extraction de Servius. "Cet esclave, dit-il, fils d’une esclave, après l’indigne assassinat de Tarquin l’Ancien, sans qu’il y eût d’interrègne, suivant l’usage, sans qu’on eût, pour son élection, assemblé les comices, et obtenu les suffrages du peuple et le consentement du sénat, a reçu, des mains d’une femme, ce sceptre comme un présent. Les effets de son usurpation répondent à la bassesse de son origine. Ses prédilections pour la classe abjecte dont il est sorti, et sa haine pour tous les hommes honorables, lui ont inspiré l’idée d’arracher aux grands ce sol qu’il a partagé aux plus vils citoyens. Toutes les charges de l’état, autrefois communes à tous, il les a fait peser uniquement sur les premières classes : et il n’a établi le cens qu’afin de signaler la fortune du riche à l’envie du pauvre, et de savoir où prendre, quand il le voudrait, de quoi fournir à ses largesses envers des misérables."

Averti par un messager, dont l’émotion le fait hâter, Servius arrive, pendant ce discours, et s’écrie, du vestibule même du sénat : "Qu’est-ce cela, Tarquin ? Qui te rend si audacieux de convoquer le sénat, moi vivant, et de t’asseoir sur mon trône ? " Tarquin répond avec fierté qu’il occupe la place de son père, place plus digne du fils d’un roi, d’un héritier du trône, que d’un esclave ; que depuis assez longtemps Servius insulte à ses maîtres, et se passe insolemment de leur concours. À ces mots, les partisans des deux rivaux poussent des cris confus ; le peuple se porte en foule vers la salle d’assemblée ; il est aisé de voir que celui qui régnera sera celui qui aura vaincu. Tarquin, entraîné par sa position critique

e*t «nimi, quid frustraris civitatem ? qnid te ut regium ju ?eneni coospici sinis ? Facesse hinc Tarquinios, aut Corinthdm. Devolvere rétro ad stirpeni, fratri similior, no»m patri.»His aliisque iocrepando juvenem iustigat, oec owtquiescere ipsa potest : si, quum Tanaquil, peregrina rouiier, tantum moliri potuisset aoimo, ut duo continua régna viro, ac deinceps geuero, dedisset ; ipsa, rrgio femioe orta, nu 11 uni niomentum in dando adiiueodoque repw faceret. His muliebribus ins line tus furiis Tarquiniui cirai mire et preosare, minorum maxime geatium, Patres ; admonere paierai beneficii, ac pro eo grattant •^petere ; allicere donia juvenes ; tum de se iugeutia poînoendo, tum regis criminibus omnibus lotis crescere. Pwtremo, ut jani agendæ rei tempus visum est, s ti pat us •pninearmatorum, iu forum irrupit ; iode, omnibus perr ^patore, iu regia aede pro curia sedens, Patres in can *nj per prsconem ad regem Tarquinium citari jus-

    • !; C°nvenere extemplo, alii jam ante ad boc præparati,

aliioietu, ue non venisse fraudi esset, novitate ac miraentoattooiij, et jam de Servioaclum rati. Ibi Tarquinius, ^•bsla ab stirpe ultima orsua : «Servum, servaque na-’ u *° » pou mortem indignant parentis sui, non ioterregno.

ut antea, inito ; non comitHs babil» , non per tuffragima populi, doq auctoribus Palribus, muliebri dono regnum. occupasse. Ita natum, ita creatum regem, fautorem inflmi generis hominum, ex quo ipse sit, odio alien» honestaiis ereptum priraoribus agrum sordidissimo cuique divisisse : omnia onera, quæcomrounia quondam fuerint» inclinasse in primores civitalis : insîituisse censura, utinsignis ad invidiam locupletiorura fortuna esset, et parafa* unde,nbi vellet, egentissimis largiretur. »

XLVIII. Huicoralioni Servius quum interveoisset, trepido nunüo excitatus, exleraplo a vesübulo Curiæ magna voce, «Quid hoc, inquit, Tarquin», rei est ? qua tu audacia me vivo vocare ausus ea Patres ? aut in sede considéré mea ?» Quum ille ferociter ad hæc, se patrls sui tenere sedéni, multo, qnam servum, potiorem filium regis regni beredem ; satis ilium diu per licentiam eludentem insultasse dominis ; clamor ab utriusque fautoribus oritur, el concursus populi fiebat in curiara ; apparebatque régnaturum, qui vicisset. Tum Tarquinius, nécessita te jam ipsa cogente ultima audere, multo et ætate et viribus validior, medium arripit Servium ; elatumque e Curia in inferiorera partem per gradi/s dejicit. Inde ad cogeudum