Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/147

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



XXIII

Rue Varvarka, dans une maison inachevée, avec un débit au rez-de-chaussée, s’entendaient des cris, des rires et des chansons. Dans une petite chambre malpropre, une dizaine d’hommes, des ouvriers, étaient assis sur des bancs autour des tables. Tous étaient ivres, en sueur, les yeux vagues, et leur chant était entrecoupé de larges bâillées : chacun, à en juger par la difficulté et l’effort, évidemment ne désirait pas chanter mais voulait montrer qu’il avait bu et qu’il s’amusait. L’un, d’eux, un grand garçon blond, en cafetan bleu, propre, au nez fin, droit, eût été joli sans des lèvres trop minces, trop enfoncées, remuant sans cesse, et des yeux vagues, sombres et immobiles. Il se tenait debout près de ceux qui chantaient, sa manche relevée jusqu’au coude, montrait un bras blanc, et, évidemment en pensant à quelque chose, solennellement et gauchement, il agitait au-dessus