Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/152

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confus ; mais à la demande du grand garçon, d’une voix tremblotante, il se mit à lire l’affiche depuis le commencement.

« Demain, de bonne heure, j’irai chez le sérénissime (sérénissime ! répéta solennellement le grand garçon, en souriant à pleine bouche et fronçant les sourcils), pour causer avec lui, agir et aider les troupes à écraser les malfaiteurs. Commençons par extirper leur esprit… » (Le lecteur s’arrêta. — As-tu entendu ! s’écria victorieusement le garçon. Il te déblaiera tout…) « … les écraser et les envoyer au diable. Je viendrai demain pour le dîner. Nous nous mettrons à l’œuvre. Nous ferons, nous finirons et nous achèverons nos malfaiteurs. »

Un silence absolu accompagna ces derniers mots. Le grand garçon baissa tristement la tête. Évidemment personne ne comprenait ces dernières paroles. Surtout les mots : « Je viendrai demain pour dîner » attristaient visiblement lecteur et auditeurs. Le peuple prêtait tout son entendement, mais cela était trop simple et inutile. Chacun d’eux pouvait en dire autant, c’était donc déplacé dans le décret du général gouverneur.

Tous restaient silencieux et tristes. Le grand garçon remuait les lèvres et se dandinait. — Voilà, allez lui demander !… — C’est lui-même !… — Comment donc ?… — Autrement…

— C’est lui qui vous le dira, se mit-on à dire dans les derniers rangs de la foule ; et l’attention géné-