Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/163

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lequel il s’appuie en ramant. Mais que l’orage s’élève, que la mer s’agite, et le navire lui-même s’ébranle, alors l’erreur n’est plus possible. Le navire marche de son allure géante, indépendante, la rame n’y est plus pour rien et l’administrateur, la source de la force, se transforme en un homme nul, inutile et faible.

Rostoptchine le sentait et c’était ce qui l’agaçait.

Le chef de police qui avait été arrêté par la foule entra chez le comte en même temps qu’un aide de camp annonçant que les chevaux étaient prêts. Tous deux étaient pâles. Le chef de police, dans le rapport de sa mission, communiqua au comte que dans la cour une immense foule désirait le voir.

Rostoptchine, sans répondre un mot, se leva et, à pas rapides, monta dans son salon luxueux et clair. Il s’approcha de la porte du balcon, prit l’espagnolette, la lâcha, et alla à la fenêtre d’où l’on voyait mieux la foule. Le grand garçon était dans un des premiers rangs : le visage sévère, en agitant les mains, il disait quelque chose. Le forgeron, ensanglanté, l’air sombre, était près de lui. À travers les fenêtres fermées, on entendait le murmure des voix.

— La voiture est-elle prête ? demanda Rostoptchine en s’éloignant de la fenêtre.

— Oui, Votre Excellence, elle est prête, dit l’aide de camp.