Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/197

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L’officier s’approcha de Makar Alexéiévitch et le prit au collet.

Makar Alexéiévitch, les lèvres entr’ouvertes, l’air hébété, trébuchait contre le mur.

Brigand, tu me la payeras ! dit le Français en ôtant sa main. Nous autres, nous sommes cléments après la victoire ; mais nous ne pardonnons pas aux traîtres, ajouta-t-il, avec un air sombre et solennel et un beau geste énergique.

Pierre continuait à exhorter l’officier de ne pas punir cet ivrogne fou. Le Français écoutait en silence, l’air toujours sombre. Tout à coup, avec un sourire il regarda Pierre et demeura silencieux pendant quelques secondes. Son beau visage prit une expression tragique et tendre et, en lui tendant la main :

Vous m’avez sauvé la vie ! Vous êtes Français ! dit-il.

Pour un Français cette conclusion s’imposait. Commettre un acte noble, cela, seul un Français en était capable, et c’était sans doute l’acte le plus beau, le salut de la vie de M. Ramballe, capitaine du 13e léger.

Mais malgré la nécessité de cette conclusion et la conviction qu’en avait l’officier, Pierre crut nécessaire de le désenchanter.

Je suis Russe, dit-il rapidement.

Ta, ta, ta, à d’autres, fit le Français en souriant et agitant ses doigts sous son nez. Tout à