Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/208

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tait vaguement qu’il ne la vaincrait pas, que les sombres idées d’autrefois sur la vengeance, sur le meurtre et sur le sacrifice se dispersaient en fumée au contact du premier homme qu’il rencontrait.

Le capitaine, en tirant la jambe et sifflant un air quelconque, entra dans la chambre.

Le bavardage du Français, qui amusait Pierre, lui semblait maintenant insupportable. L’air sifflé, l’allure, le geste de tortiller sa moustache, tout maintenant choquait Pierre. « Je vais partir tout de suite ; je ne lui dirai plus un mot, » pensa-t-il. Il le pensait et cependant il restait assis toujours à la même place. Un sentiment étrange de faiblesse l’y clouait. Il voulait et ne pouvait pas se lever et s’en aller.

Le capitaine au contraire semblait très gai. Il traversa deux fois la chambre ; ses yeux brillaient, sa moustache tremblait un peu, comme s’il souriait en lui-même d’une plaisanterie drôle, quelconque.

Charmant, le colonel des Wurtembourgeois ! C’est un Allemand, mais brave garçon s’il en fut. Moi Allemand, disait-il.

Il s’assit en face de Pierre.

À propos, vous savez donc l’allemand, vous ?

Pierre le regarda sans rien dire.

Comment dites-vous asile en allemand ?

— Asile ? fit Pierre. Asile en allemand : Unterkunft.