Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/211

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Pierre but de nouveau et se versa un troisième verre.

Oh ! les femmes, les femmes ! et le capitaine, les yeux humides, en regardant Pierre, se mit à parler de ses aventures galantes. Il en avait eu beaucoup, et on pouvait le croire sans peine en regardant le visage satisfait et joli de l’officier, et l’animation enthousiaste avec laquelle il parlait des femmes. Toutes les histoires d’amour de Ramballe avaient ce caractère de dépravation dans lequel les Français voient le charme exclusif et la poésie de l’amour, mais il les racontait avec tant de conviction qu’il semblait le seul capable d’éprouver et de comprendre tous les charmes de l’amour, et il dépeignait les femmes avec tant de séduction que Pierre l’écoutait avec curiosité.

Il était évident que l’amour qu’aimait le Français n’était pas celui — de genre inférieur et simple — que Pierre éprouvait autrefois pour sa femme, ni cet amour romanesque qu’il éprouvait pour Natacha (Ramballe méprisait également ces deux sortes d’amour, l’un était l’amour des charretiers ; l’autre, l’amour des nigauds). L’amour qu’admirait le Français résidait principalement dans le côté antinaturel des rapports envers la femme, dans les divers procédés qui donnent un charme spécial aux sensations.

Ainsi le capilaine raconta l’histoire touchante de son amour pour une charmante marquise de trente-