Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/230

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resta longtemps immobile et les yeux fermés. Ensuite il les ouvrit et prononça à voix basse : « Eh bien ! et du thé ? » Cette mémoire des petits détails de la vie frappa le docteur. Il lui tâta le pouls et, avec étonnement et mécontentement, il remarqua qu’il était meilleur. Il était mécontent de cette constatation : son expérience lui disait en effet que le prince André ne pouvait plus vivre et que s’il ne mourait pas maintenant, il mourrait un peu plus tard et avec des souffrances beaucoup plus grandes. On amena avec le prince André le major de son régiment, Timokhine au nez rouge, blessé à la jambe dans ce même combat de Borodino. Ils étaient accompagnés du docteur, du valet de chambre du prince, de son cocher et de deux brosseurs.

On donna du thé au prince André. Il le but avidement, les yeux enfiévrés fixés sur la porte comme s’il essayait de comprendre et de se rappeler quelque chose.

— Je n’en veux plus. Est-ce que Timokhine est ici ? demanda-t-il.

Timokhine se rapprocha de lui en se glissant sur le banc.

— Je suis là, Votre Excellence.

— Comment va la blessure ?

— La mienne ? Bien. Mais vous, comment allez-vous ?

Le prince André devint de nouveau pensif, il parut se rappeler quelque chose.