Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/245

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un homme en uniforme, de taille moyenne, à petits favoris bouclés, le visage immobile, écartait les coffres entassés et atteignait en dessous des vêtements quelconques.

Quand la femme aperçut Pierre, elle tomba presque à ses pieds.

— Mes aïeux ! Chrétiens orthodoxes ! Sauvez ! Sauvez ! Sauvez quelqu’un ! disait-elle en sanglotant. Ma petite fille !… Ma fille !… On a laissé ma plus jeune ! Elle est brûlée… Oh ! oh !… oh !… C’est pour cela que je l’ai élevée… Oh ! oh ! oh !…

— Cessez, Maria Nikolaïevna, dit à voix basse le mari à sa femme, évidemment pour se justifier devant un étranger. Notre sœur l’a sans doute emportée.

— Monstre ! Brigand ! s’écria avec colère la femme, en cessant tout à coup de pleurer. Tu n’as pas pitié de ta propre enfant ! Un autre à ta place irait l’arracher des flammes ! C’est une bûche ! Ce n’est pas un homme, pas un père ! Vous êtes un homme noble, dit-elle à Pierre en sanglotant. C’est à côté que l’incendie a commencé. La flamme est tombée chez nous. La servante a crié : Nous brûlons ! On s’est précipité pour rassembler les objets. On s’est sauvé tel qu’on était habillé. Voilà ce qu’on a emporté… la bénédiction de Dieu, le lit nuptial et le reste, tout est perdu. On cherche les enfants… La petite Catherine n’est plus là… Oh ! oh ! oh ! oh ! Dieu ! Seigneur ! Elle sanglotait de nouveau.