Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/324

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chambre et que Pierre n’avait pas remarqué.

Davoust se détourna. Avec une assurance inattendue, Pierre se mit à parler très rapidement :

Non, Monseigneur, dit-il en se rappelant tout à coup que Davoust était duc. — Non, Monseigneur, vous n’avez pas pu me connaître. Je suis un officier militionnaire et je n’ai pas quitté Moscou.

Votre nom ?

Bezoukhov.

Qu’est-ce qui me prouvera que vous ne mentez pas ?

Monseigneur !… s’écria Pierre d’une voix non offensée mais suppliante.

Davoust leva les yeux et regarda fixement Pierre. Pendant quelques secondes leurs regards se croisèrent. Ce fut le salut de Pierre. Dans ce regard, en dehors de toutes les conditions de la guerre et de jugement, un rapport humain s’établissait entre ces deux hommes. Tous deux, à ce moment, sentirent vaguement, involontairement, quantité de choses : ils comprirent que tous deux étaient des enfants de l’humanité, qu’ils étaient frères.

Pour Davoust, avant qu’il n’eût levé la tête de ses papiers où toutes les œuvres et les vies humaines étaient classées par numéros, Pierre n’était qu’un dossier quelconque et, sans charger sa conscience, il le faisait fusiller ; mais maintenant il voyait en lui un homme. Il resta pensif un moment.

Comment me prouverez-vous la vérité de ce