Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/335

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voir qui les lui posait et comment ses réponses étaient interprétées. Il regardait les visages et les figures et tous lui semblaient également insensés.

Depuis que Pierre avait vu l’horrible massacre commis par des hommes, malgré eux, il éprouvait une sensation particulière : il lui semblait qu’on avait brisé en lui le ressort duquel dépendait toute sa vie et que tout, maintenant, n’était que poussière.

Sans qu’il s’en rendît compte, en lui s’anéantissait la foi dans le bien-être du monde, en l’âme humaine, en Dieu. Auparavant aussi Pierre avait ressenti cela, mais jamais si vivement que maintenant.

Auparavant, quand un pareil doute lui venait, la source de ce doute était sa propre faute, et alors, Pierre sentait au fond de son âme que le moyen de se délivrer du désespoir et du doute était en lui-même.

Mais maintenant il n’avait pas conscience d’être cause que le monde tombât devant ses yeux, ne laissant que des ruines. Il sentait qu’il n’était pas en son pouvoir de recouvrer la foi en la vie.

Autour de lui, dans l’obscurité, se trouvaient des gens quelconques. Probablement qu’en lui quelque chose les amusait beaucoup. On lui adressait la parole, ensuite on l’emmena quelque part, enfin il se trouva dans le coin de la baraque avec des gens quelconques qui s’interpellaient de tous côtés en riant.