Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/342

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mon ami, c’est comme l’eau dans le filet du pêcheur : on tire, c’est gonflé ; on soulève, il n’y a rien. Ce n’est pas autre chose.

Et Platon s’arrangea sur la paille.

Après un moment de silence, il se leva.

— Eh bien ! Je pense que tu veux dormir ?

Et il se mit à se signer rapidement et à marmotter :

— Dieu Jésus-Christ, saint Nicolas, Frôle et Laurent. Dieu Jésus-Christ, saint Nicolas, Frôle et Laurent. Dieu Jésus-Christ, pardonne-nous et sauve-nous ! finit-il.

Il salua très bas, se leva, soupira et s’assit sur la paille. « Voilà, comme ça, Dieu, aide-moi à dormir comme une pierre et me lever comme du pain ! » prononça-t-il en se couchant et se couvrant du manteau.

— Quelle prière as-tu dite ? demanda Pierre.

— Quoi ? fit Platon (il s’endormait). Ce que j’ai dit ? J’ai prié Dieu. Et toi, est-ce que tu ne pries pas ?

— Non, je prie aussi, mais que veut dire : Frôle et Laurent ?

— Comment donc ! reprit vivement Platon, ce sont les patrons des chevaux. Il faut aussi avoir pitié de l’animal. Ah ! la canaille ! elle s’est retournée. Elle est fatiguée, nom d’un chien ! dit-il en tâtant le chien auprès de ses jambes, puis, se retournant, il s’endormit aussitôt.