Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/361

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qu’ici ? demanda-t-il d’une voix atone et étrange comme son regard. (S’il eût poussé un cri désespéré et perçant, ce cri eût moins terrifié la princesse Marie que le son de cette voix.) Tu as amené aussi Nicolas ? dit-il de la même voix blanche et lente, en rassemblant ses souvenirs avec un effort visible.

— Comment vas-tu maintenant ? demanda la princesse Marie, étonnée elle-même de ce qu’elle disait.

— Mon amie, il faut demander cela au docteur ; et, faisant encore un effort visible pour être tendre, il dit, seulement des lèvres (on voyait qu’il ne pensait pas du tout ce qu’il disait) :

— Merci, chère amie, d’être venue.

La princesse Marie serra sa main. Il fronça légèrement les sourcils sous cette pression de la main. Dans ses paroles, dans son ton, et surtout dans son regard froid, presque hostile, se sentait l’éloignement, terrible pour un homme vivant, de tout ce qui vit.

C’était évidemment avec efforts qu’il comprenait tout ce qui touchait la vie, mais en même temps on sentait que cette difffculté ne venait pas de ce qu’il était privé de la capacité de comprendre, mais de ce qu’il était tout absorbé par les choses qu’il comprenait et que ne comprenaient pas et ne pouvaient comprendre ceux qui vivaient.

— Oui, voilà comment la destinée nous a réunis,