Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/392

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Les camarades du Cosaque voulaient profiter de cette occasion pour capturer des chevaux, mais l’un des chefs, qui connaissait les surprises de la guerre, raconta le fait à un général de l’état-major.

Ces derniers temps, la situation était très tendue dans l’état-major de l’armée : quelques jours auparavant, Ermolov était venu trouver Benigsen pour le prier d’employer son influence sur le commandant en chef afin de le décider à l’attaque.

— Si je ne vous connaissais pas, je penserais que vous ne voulez pas ce que vous demandez. Il suffit que je conseille une chose pour que le sérénissime fasse juste le contraire, répondit Benigsen.

La nouvelle apportée par le Cosaque, confirmée par les éclaireurs, montra qu’il était opportun d’agir. La corde tendue se rompait, le carillon se mettait en branle. Malgré tout son pouvoir imaginaire, son esprit, son expérience et sa connaissance des hommes, Koutouzov, prenant en considération le rapport de Benigsen — qui envoya personnellement son rapport à l’empereur, — le désir exprimé par tous les généraux, le désir, soupçonné par lui, de l’empereur et les renseignements des Cosaques, ne pouvait plus retenir le mouvement inévitable et donnait l’ordre de faire ce qu’il croyait inutile et nuisible : — il permit le fait accompli.