Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/428

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courait sur trois pattes. Tout était pour lui sujet de plaisir : tantôt, poussant des cris de joie, il se roulait sur le dos, tantôt se chauffait au soleil, l’air pensif et grave, tantôt sautillait en jouant avec un copeau ou une paille.

Le vêtement de Pierre se composait maintenant d’une chemise sale, déchirée, seul reste de son habillement d’autrefois, d’un pantalon de soldat, ficelé aux chevilles avec de petites cordes, suivant le conseil de Karataïev, d’un cafetan et d’un bonnet de paysan.

Pendant ce temps, Pierre avait beaucoup changé physiquement : il ne paraissait plus gros, bien qu’il eût toujours le même aspect robuste, héréditaire dans sa famille : une barbe et des moustaches couvraient la partie inférieure de son visage ; de longs cheveux ébouriffés, pleins de poux, se bouclaient sous son bonnet ; l’expression des yeux était assurée et calme comme jamais ne l’avait eue Pierre. La lassitude qui s’exprimait auparavant dans le regard avait fait place à l’énergie prête à l’action et à la résistance ; ses pieds étaient nus.

Pierre regardait tantôt en bas, sur les champs où le matin se montraient beaucoup de chariots et d’hommes à cheval, tantôt dans le lointain, derrière le fleuve, tantôt le petit chien qui feignait de vouloir mordre pour tout de bon, tantôt ses pieds nus qu’il mettait avec plaisir dans diverses positions, remuant les orteils sales ; et chaque fois