Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/443

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Filez, filez ! disait le capitaine en regardant sévèrement les prisonniers qui passaient devant lui.

Pierre savait que sa tentative serait infructueuse ; néanmoins il s’approcha de lui.

Eh bien, qu’est-ce qu’il y a ? dit l’officier en le regardant froidement comme s’il ne le connaissait pas. Pierre parla du malade.

Il pourra marcher, que diable ! fit le capitaine. — Filez, filez, continua-t-il sans regarder Pierre.

Mais non, il est à l’agonie… commença Pierre.

Voulez-vous bien !… cria le capitaine en fronçant les sourcils avec colère. « Tam, tam, tam, tam… » battaient les tambours ; et Pierre comprit que la force mystérieuse avait déjà complètement saisi ces hommes et que maintenant il était inutile de dire quelque chose.

On sépara les prisonniers, officiers et soldats, et on leur ordonna de passer devant. Les officiers, parmi lesquels Pierre, étaient une trentaine ; il y avait à peu près trois cents soldats. Les officiers prisonniers sortirent des autres baraques : tous étaient beaucoup mieux habillés que Pierre et le regardaient avec méfiance.

Non loin de Pierre marchait un gros major qui paraissait jouir de l’estime générale de ses camarades prisonniers. Il était vêtu du khalat d’un Ta-