Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/453

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tient en captivité : Qui ? Moi ? moi ? moi, mon âme immortelle ! Ah ! ah ! ah ! ah ! ah !

À force de rire les larmes emplissaient ses yeux. Un homme quelconque se leva et s’approcha pour regarder de quoi riait ce gros homme étrange. Pierre cessa de rire, se leva, s’éloigna du curieux et regarda autour de lui.

Le bivouac immense où, auparavant, se faisait un grand bruit à cause des pétillements des bûchers et des conversations, était devenu calme. Les feux rouges des bûchers s’éteignaient et pâlissaient. Haut dans le ciel clair se tenait la pleine lune. Les forêts et les champs, qu’on ne voyait pas auparavant en dehors du camp, maintenant s’ouvraient au loin. Et encore plus loin que ces forêts et que ces champs, on voyait le lointain clair, infini, attirant. Pierre regarda le ciel, les étoiles étincelantes. « Et tout cela est à moi. Et tout cela est en moi, et tout cela est moi, pensa-t-il. Et ils ont pris tout cela et mis dans une baraque en planches ! » Il sourit et alla se placer près de ses compagnons.