Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/51

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nante, en touchant de nouveau la manche de Bilibine. Mais c’est que j’aime l’un et l’autre, et je ne voudrais pas leur faire de chagrin, je donnerais ma vie pour leur bonheur à tous deux.

Bilibine haussa les épaules, en exprimant par ce geste qu’il ne pouvait rien contre une telle douleur. « Une maîtresse femme ! Voila ce qui s’appelle poser carrément la question. Elle voudrait épouser tous les trois à la fois, » pensa Bilibine.

— Mais comment votre mari envisage-t-il cette affaire ? dit-il, ne craignant pas, étant donné sa réputation, de se diminuer par une question si naïve. Consent-il ?

Ah ! il m’aime tant ! dit Hélène qui croyait, on ne sait pourquoi, en l’amour de Pierre. Il fera tout pour moi.

Bilibine plissa le front pour souligner le mot qu’il préparait :

Même le divorce !

Hélène rit.

Parmi les personnes qui se permettaient de douter de la légalité du mariage projeté, se trouvait la mère d’Hélène, la princesse Kouraguine. Elle avait toujours été jalouse de sa fille, et maintenant que ses vœux étaient prêts d’être comblés, la princesse ne pouvait maîtriser ce sentiment. Elle demanda l’avis d’un prêtre russe pour savoir s’il était possible de divorcer, de se marier ayant son mari vivant ; le prêtre lui assura que c’était impossible