Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/58

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IX

À peine Pierre avait-il mis la tête sur les coussins qu’il sentit qu’il s’endormait. Mais tout à coup, avec une clarté semblable à la réalité, il entendit les « boum, boum » des coups, les gémissements, les cris, l’éclat des obus, il sentit l’odeur du sang et de la poudre, et un sentiment d’horreur, le sentiment de la peur de la mort, le saisit. Effrayé, il ouvrit les yeux et souleva sa tête au-dessus de la capote. Dans la cour tout était calme, seul un brosseur qui causait avec le portier marchait devant la porte cochère. Au-dessus de Pierre, sous l’auvent, des pigeons furent dérangés par le bruit qu’il avait fait en se soulevant.

Dans toute la cour était répandue cette odeur pacifique, en ce moment agréable à Pierre, l’odeur d’auberge, de foin, de fumier et de goudron.

Entre les deux auvents noirs, s’apercevait le ciel pur, étoilé.