Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/60

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


heureux qu’il soit de nouveau vivant ! » D’un côté de la table Anatole, Dolokhov, Nestvizkï, Denissov et les autres, les mêmes, sont assis. (Dans le rêve, la catégorie de ces hommes était nettement définie pour Pierre, aussi définie que celle des hommes qu’il appelait eux.) Et ces hommes, Anatole, Dolokhov, crient à haute voix, chantent. Mais à travers leurs cris on entend la voix du bienfaiteur qui parle sans cesse, comme le grondement du champ de bataille, mais sa voix est agréable et consolante. Pierre ne comprend pas ce que dit le bienfaiteur, mais il sait (la catégorie des idées était aussi claire dans le rêve) qu’il parle du bien, de la possibilité d’être ce qu’ils sont. Et de tous côtés ils se pressent autour du bienfaiteur ; leurs visages sont simples, bons, résolus. Mais bien qu’ils soient bons, ils ne regardent pas Pierre ; ils ne le connaissent pas. Pierre veut attirer leur attention et parler. Il se lève, mais à ce moment ses jambes se refroidissent : elles étaient nues.

Il eut honte et ramena la couverture sur ses jambes qui, en effet, dépassaient la capote.

Pendant qu’il se recouvrait, Pierre ouvrit les yeux et aperçut les mêmes auvents, les poteaux, la cour, mais tout était maintenant bleuâtre, clair, avec des gouttes de rosée ou de gel.

« Le jour arrive, pensa Pierre. Mais ce n’est pas tout ça, je dois finir d’écouter et de comprendre les paroles du bienfaiteur. » Il est de nouveau cou-