Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/68

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le visage ferme et tranquille du vieux marchand et y cherchant l’expression de la traîtrise.

— Non, pas celui-ci. C’est le père de celui qui a écrit la proclamation, dit l’aide de camp. Le jeune est en prison, et il paraît que ça ira mal pour lui. Un vieillard avec une décoration et l’étoile et un fonctionnaire allemand ayant aussi une décoration autour du cou s’approchèrent des interlocuteurs.

— Voyez-vous, racontait l’aide de camp, c’est une histoire très embrouillée. Cette proclamation a paru il y a deux mois, on en a fait un rapport au comte. Il a ordonné une enquête. Voilà, Gavrilo Ivanitch a fait l’enquête ; cette proclamation a passé juste par soixante-trois mains. Vous arrivez chez quelqu’un : — De qui la tenez-vous ? — D’un tel. On va chez celui-ci : — De qui la tenez-vous ? etc. On est arrivé jusqu’à Vereschaguine, un petit marchand sans instruction. Vous savez, un petit marchand, dit l’aide de camp en souriant. On lui demande : De qui la tiens-tu ? Et le principal, c’est que nous le savons. Il ne peut l’avoir eue que du directeur des postes. Mais, évidemment, ils étaient d’accord. Il répond : — De personne. C’est moi qui l’ai composée. On l’a pressé, menacé, il s’est tenu à cette réponse : — C’est moi qui l’ai composée. On a rapporté cela au comte. Le comte l’a fait appeler.

— De qui tiens-tu la proclamation ? — C’est moi qui l’ai composée. — Eh bien ! Vous connaissez le