Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/69

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comte ? dit l’aide de camp avec un sourire fier et joyeux. Il est affreusement emporté. Et pensez donc, tant d’effronterie, de mensonge, d’entêtement !

— Ah ! le comte avait besoin qu’il dénonçât Klutcharov. Je comprends, dit Pierre.

— Pas du tout ; il n’en avait pas besoin, dit l’aide de camp effrayé. Klutcharov était coupable sans cela, et c’est pourquoi il est déporté. Mais le comte était très révolté. — Comment as-tu pu la composer ? lui dit-il. Il prit sur la table le journal de Hambourg : — La voici ! Tu ne l’as pas composée. Tu l’as traduite et même très mal, parce que, imbécile, tu ne sais pas même le français. — Que pensez-vous ? — Non, dit-il, je n’ai lu aucun journal. C’est moi qui l’ai composée. — Ah ! s’il en est ainsi, alors, tu es un traître, je te traduirai devant les tribunaux et on te pendra. Dis de qui tu l’as reçue ?

— Je n’ai lu aucun journal. Je l’ai composée.

C’en est resté là. Le comte fait appeler son père. Il persiste et il est traduit devant le tribunal ; il est condamné aux travaux forcés, je crois. Maintenant le père est venu solliciter pour lui. Mais c’est un mauvais sujet, savez-vous, un fils de marchand, un freluquet, un séducteur. Il a fréquenté des cours quelconques et il pense maintenant que le roi n’est pas son maître. Quel gaillard ! Son père tient le restaurant, là, au pont Kamenni, et dans le restaurant, vous savez, il y avait une grande