Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/99

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blessés qui demandaient de partir. — Eh bien, quoi ! On peut ôter quelque chose, ajouta-t-il d’une voix douce, basse, comme s’il craignait d’être entendu de quelqu’un.

À neuf heures, la comtesse s’éveilla et Matréna Timothevna, sa vieille femme de chambre qui faisait fonction, près d’elle, de chef de gendarmerie, vint rapporter à son ancienne demoiselle que Maria Karlovna était très offensée et que les robes d’été des demoiselles ne pouvaient rester en ville. Des questions de la comtesse demandant pourquoi madame Schoss était offensée, il résultait qu’on avait ôté son coffre du chariot, qu’on déliait tous les chariots, qu’on retirait les bagages et qu’on emmenait les blessés, que le comte, dans sa bonté, avait ordonné de les emmener. La comtesse fit appeler chez elle son mari.

— Qu’entends-je, mon ami ! On décharge encore des objets ?

— Sais-tu, ma chère… voilà ce que je voulais te dire… Voilà, ma chère petite comtesse… Un officier est venu me demander de donner quelques chariots pour les blessés… On peut acheter tout cela et eux, comment peuvent-ils rester ici, pense donc ? Ils sont chez nous dans la cour, nous les avons invités… Sais-tu, je pense, ma chère… qu’on les emmène… Il n’y a pas à se hâter…

Le comte disait tout cela timidement, comme il parlait toujours quand il s’agissait d’argent.