Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/18

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âge, de croire que la langue grecque était la seule condition nécessaire de l’instruction parce qu’Aristote avait écrit en cette langue des propositions dont personne, plusieurs siècles après lui, ne mettait en doute l’exactitude. Comment les moines pouvaient-ils ne pas exiger l’étude des Saintes-Écritures qui, selon eux, reposaient sur des bases inébranlables ?

Luther pouvait aisément exiger l’étude de la langue hébraïque puisqu’il était fermement convaincu qu’en cette langue Dieu lui-même avait révélé aux hommes la vérité. On comprend qu’au temps où le sens critique de l’homme n’était pas encore éveillé l’école devait être dogmatique, qu’il était naturel que les élèves apprissent par cœur les vérités révélées par Dieu et par Aristote et les beautés poétiques de Virgile et de Cicéron, puisque, pendant plusieurs siècles, personne ne pouvait s’imaginer ni vérité plus vraie ni beauté plus belle.

Mais quelle est la situation de l’école contemporaine qui est basée sur le même principe dogmatique, quand, à côté de la classe où l’on apprend la doctrine de l’immortalité de l’âme, on tâche de faire comprendre à l’élève que les nerfs, qui sont communs à l’homme et à la grenouille, sont ce qu’autrefois on appelait l’âme ; quand, après l’histoire de Josué fils de Nun, qu’on lui a racontée sans commentaire, il apprend que le soleil ne tourna jamais autour de la terre ; quand, après avoir