Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/220

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2o Que seuls les mauvais professeurs ont besoin d’élèves préparés ; pour un bon professeur il est plus facile de commencer l’algèbre, la géométrie analytique avec un élève qui ne connaît pas l’arithmétique qu’avec un élève qui la connaît mal ; il est plus facile d’enseigner l’histoire du moyen âge aux élèves qui n’ont pas appris par cœur l’histoire ancienne. Je ne crois pas que le professeur qui enseigne à l’Université le calcul différentiel et intégral, ou l’histoire du droit civil russe, et qui ne peut enseigner à l’école primaire l’arithmétique ou l’histoire russe, soit un bon professeur. Je ne crois pas à l’utilité, au mérite et même à la possibilité d’un bon enseignement portant sur une seule partie de la science et, principalement, je suis convaincu que l’offre répondra toujours à une demande, qu’à chaque degré de la science, il y aura un nombre suffisant d’élèves et de professeurs.

Mais comment, me dira-t-on, celui qui instruit ne désirera-t-il pas prendre une certaine influence éducatrice ? Cette aspiration est la plus naturelle pendant la transmission du savoir de celui qui instruit à celui qui est instruit ; elle ne fait qu’apporter de l’énergie dans l’accomplissement du devoir, elle donne le degré d’entraînement nécessaire qu’il exige. Il est impossible de nier cette aspiration, et je n’y ai jamais pensé. Son existence me prouve encore davantage la nécessité de la liberté de l’enseignement. On ne peut pas défendre à un homme