Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/243

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des arts, des métiers, et surtout les inventions de la poudre, de l’imprimerie et des moyens de communication. Une telle définition du progrès est claire et compréhensible. Mais, malgré nous, se posent des questions, dont la première est celle-ci :

Qui a décidé que le progrès mène au bien-être ?

Pour que j’y croie, il ne faut pas que ce soient les personnes exceptionnelles, appartenant aux classes d’exception — historiens, penseurs, journalistes — qui le reconnaissent, mais que toute la masse du peuple qui est soumise à l’effet du progrès reconnaisse que le progrès le mène au bien-être. Or nous voyons toujours la contradiction de ce fait. La deuxième question est la suivante : que faut-il regarder comme étant le bien-être ? Est-ce l’amélioration des voies de communication, l’extension de l’imprimerie, l’éclairage des rues au gaz, l’augmentation des asiles pour les pauvres, etc., ou les richesses naturelles, les forêts, le gibier, le poisson, le grand développement physique, la pureté des mœurs, etc. ? L’humanité vit à la fois par tant de divers côtés de son être qu’il est impossible de définir le degré de son bien-être à une certaine époque, et qu’un certain individu le définisse. L’un ne voit que les progrès de l’art, l’autre ceux de la vertu, l’autre celui des commodités matérielles, l’autre celui de la force physique, l’autre celui de l’ordre social, l’autre celui de la science, l’autre celui de l’amour de la liberté et de l’égalité, l’autre