Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/247

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aux hommes plus de bien que de mal ? Pour un homme sans parti pris il n’y a pas de pareilles preuves, et pour un homme de parti pris on peut travestir avec les faits historiques n’importe quel paradoxe, celui du progrès ou quelque autre que ce soit.

Quel phénomène étrange et incompréhensible ! La loi générale de la marche en avant de l’humanité n’existe pas, comme nous le prouvent les peuples stationnaires d’Orient. Il est impossible de prouver que les peuples européens progressent toujours vers l’amélioration du bien-être, et personne ne l’a encore prouvé. Et enfin, chose plus remarquable, les neuf dixièmes de ce même peuple européen qui, soi-disant, se trouve en progrès, haïssent le progrès et tâchent par tous les moyens possibles de s’y opposer. Et nous reconnaissons le progrès de la civilisation comme un bien indiscutable ! Ce phénomène nous semble incompréhensible, mais il s’explique pour nous si nous l’examinons sans prévention.

Une petite partie de la société croit seule au progrès, le propage et s’efforce de prouver ses bienfaits. L’autre partie, la plus grande, contredit le progrès et nie ses bienfaits. J’en conclus que pour la petite partie de la société le progrès est un bien, tandis que pour la grande partie c’est un mal. Je tire cette conclusion parce que tous les hommes, consciemment ou inconsciemment, aspirent au bien