Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/263

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des deux a raison, c’est pourquoi je dois pencher du côté du peuple, parce que :

1o Le peuple étant plus nombreux que la société, il faut supposer que la plus grande somme de vérité est du côté du peuple ;

2o Et principalement, parce que le peuple pourrait vivre sans les progressistes et satisfaire à tous ses besoins humains : travailler, se réjouir, aimer, penser, créer des œuvres d’art (l’Iliade, les Bilines russes), et que les progressistes ne pourraient exister sans le peuple.

Nous avons lu, il n’y a pas longtemps, l’Histoire de la civilisation anglaise, de Buckle. Ce livre a obtenu un très grand succès en Europe (c’est très naturel) et dans les sphères littéraires et savantes en Russie. Pour nous il est incompréhensible. Buckle analyse les lois de la civilisation et il le fait d’une façon très intéressante, mais pour moi tout l’intérêt est perdu et il me semble qu’il en est de même pour nous, Russes, qui n’avons aucune raison de croire que les Russes doivent suivre la même loi du mouvement de la civilisation que les peuples européens, ni que le mouvement en avant de la civilisation est le bien. Pour nous, Russes, il faut avant tout prouver l’une et l’autre chose. Nous, personnellement, par exemple, nous regardons le progrès de la civilisation comme un des plus grands maux auxquels une certaine partie de l’humanité est soumise et ce mouvement même nous ne