Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/285

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’il soit tout simplement un soldat. — Non, ce sera mieux s’il le vole. — Non, ce ne sera pas conforme au proverbe, etc., disaient-ils.

Tous étaient très intéressés. Évidemment c’était nouveau et attrayant pour eux d’assister au procédé de la composition, d’y participer. La plupart de leurs raisonnements étaient exacts et sûrs, tant dans la construction de la nouvelle que dans les détails et la caractéristique des personnages. Presque tous prenaient part à la composition, mais dès le commencement deux se distinguaient surtout : le positif Siomka, par un art remarquable pour la description, et Fedka par la sûreté de la représentation poétique et surtout par la rapidité de l’image. Leurs exigences étaient à un tel point réfléchies et définies que, plusieurs fois, je me mis à discuter avec eux et dus céder. J’avais dans la tête les exigences de la régularité de la construction, de l’exactitude du rapport entre l’idée du proverbe et la nouvelle, eux, au contraire, savaient les exigences de la vérité artistique. Je voulais, par exemple, que le paysan qui avait accueilli le vieux dans sa maison, se repentit lui-même de sa bonne action ; eux trouvaient cela impossible et ils créèrent une méchante femme. Je dis : « D’abord le paysan a eu pitié du vieux, ensuite il a regretté le pain ». Fedka répondit que ce n’était pas bien : « D’abord il n’a pas obéi à sa femme, et après il ne voulait plus obéir. »