Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/292

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vous, à cause de la pelisse, vous vous représentez l’heure tardive pendant laquelle le paysan, assis à la lumière des copeaux, se dévêt ; des femmes entrent et sortent pour chercher de l’eau, donner à manger au bétail, et tout ce désordre matériel du ménage de paysans, où pas un seul être n’a son habit bien défini, pas un objet, sa place marquée, ces simples mots : « Il a mis la pelisse de la femme », peignent tout le caractère du milieu dans lequel se passe l’action, et ces mots n’ont point été dits au hasard, mais consciemment. Je me souviens encore vivement comment naquirent en son imagination les paroles prononcées par le paysan quand il trouva le papier et ne put le lire : « Ah ! si mon Serge savait lire, il bondirait vivement, m’arracherait le papier, lirait tout et me dirait ce que c’est que ce vieillard. » On voit quel respect a le paysan pour le livre qu’il tient entre ses mains. Ce brave homme, patriarcal, avec ses penchants religieux se dresse devant vous. Vous sentez que l’auteur l’aime profondément et le comprend tout entier, c’est pourquoi il lui introduit ensuite la pensée que maintenant d’autres temps sont venus, qu’on peut perdre son âme pour rien. L’idée du rêve vient de moi, mais celle du bouc avec des blessures aux pattes appartient à Fedka et il s’y complaisait particulièrement. Et la réflexion du paysan pendant que son dos le démange, et le tableau du silence de la nuit, tout cela est si peu accidentel,